Journée internationale de la femme : Interview de Karine PLOUHINEC, 30 ans et 16 ans d’arbitrage déjà !

A l’occasion de la journée internationale de la femme, La Poste vous présente des portraits de femmes arbitres des différents sports partenaires. Interview de Karine PLOUHINEC

 

Pouvez-vous nous parlez de votre parcours dans l’arbitrage ? Comment y êtes-vous venue ?

Je m’appelle Karine Plouhinec et je viens de souffler mes 30 bougies ! J’ai commencé le handball au collège, à l’âge de 11 ans. Je jouais pour un club en Normandie (Saint-Marcel-Vernon) et pour répondre à ses obligations légales en matière de club professionnel, il fallait présenter des jeunes arbitres afin de ne pas subir de points de pénalités dans le championnat. C’est donc à la fois pour rendre service à mon club et parce que je voulais découvrir un autre aspect de mon sport que j’ai décidé de me lancer dans l’aventure à l’âge de 14 ans. Et, cerise sur le gâteau, cette aventure je n’allais pas la débuter seule puisqu’au handball, l’arbitrage s’effectue en binôme, c’est donc avec Stéphanie Derache, avec qui je jouais en club et partageais la même cours de récréation puisque nous allions dans le même collège, que l’aventure a commencé. Nous avions déjà une forte complicité dans le jeu sur le terrain et nous étions très amies dans la vie (les meilleures !), cela coulait donc de source. Aujourd’hui, nous fêtons notre 16ème année en binôme !

Comment votre passion pour l’arbitrage est-elle perçue par votre entourage (amis, familles, collègues…) ?

Nous avons été soutenues dès le départ par nos familles respectives, il faut dire que le sport est un leitmotiv chez nous sauf que … chez moi c’est plutôt tennis et basket et pour Stéphanie, football ! Tous les goûts sont dans la nature … Nos proches, que ce soit nos familles, conjoints & amis, sont fiers de notre parcours et de notre ascension, quelles que soient nos joies et nos déceptions liées à notre carrière d’arbitre, nous les avons toujours partagées avec eux. Côté collègues, lorsque chacun raconte son weekend le lundi matin autour du café, moi je refais le match ! Souvent, c’est la question « alors comment ça a été ton autre métier ce weekend » ? Ce sont toujours des moments très conviviaux.

Est-il parfois difficile de concilier l’activité d’arbitre, votre vie professionnelle et votre vie de famille ?

C’est vrai qu’il ne faut pas le nier, il y a eu à faire des sacrifices, des choix et que cela demande de l’investissement et du temps, en plus de tout le reste. Mais il s’agit aussi d’organisation et de bonne volonté. Aujourd’hui, c’est devenu notre quotidien, une question d’habitude et c’est avec plaisir que nous faisons notre sac chaque weekend pour vadrouiller à travers la France. Nos proches savent que plus l’on monte de niveau et plus nous nous devons d’être irréprochables aussi sur tout l’aspect « hors terrain » car cela implique notamment de l’organisation administrative. Au niveau national, la Fédération part du principe que nous sommes disponibles tous les weekend. Cela implique de devoir s’organiser suffisamment à l’avance dans le cadre d’une journée de championnat sur laquelle nous ne serions pas disponibles. Si nous avons besoin d’un weekend de libre, nous devons le faire savoir à la Fédération 40 jours à l’avance, nos proches le savent et ont la souplesse de faire parfois les choses en fonction de nos désignations. Côté vie professionnelle, nous travaillons du lundi au vendredi, ce qui nous laisse le champ libre pour le weekend et facilite notre carrière dans l’arbitrage. Nos employeurs sont informés de notre « double casquette » et bien que les matchs de championnat tombent, à notre niveau, la plupart du temps hors semaine, ils sont très compréhensifs si nous avons besoin de nous absenter en semaine.

Pensez-vous qu’aujourd’hui il soit plus difficile pour une femme d’arbitrer ?

Je ne pense pas que cela soit plus difficile, c’est difficile pour tout le monde. Femme ou homme, chacun y voit des difficultés à son niveau mais c’est normal, c’est une très grosse responsabilité et on a toujours à cœur de mener à bien une rencontre et d’être compris et respecté par l’ensemble des acteurs du jeu. Une femme arbitre et qui plus est, une femme arbitre qui officie sur des rencontres masculines est une chose hors du commun car cela reste une minorité comparé au nombre d’arbitres masculins mais je pense que les binômes féminins ont nettement fait leurs preuves aujourd’hui sur l’ensemble des championnats en France et ont montré leur compétence à égal d’arbitres masculins. Notre Fédération prône d’ailleurs l’arbitrage au féminin sur des matchs masculins autant que l’arbitrage masculin sur des matchs féminins. Il n’ y a pas de règle où les femmes arbitrent les femmes et les hommes arbitrent les hommes. Alors bien-sûr, les remarques sexistes, elles existent toujours ! Mais elles restent tout de même minoritaires et puis c’est comme dans la vie de manière générale où l’on a parfois l’impression que malgré l’évolution de notre société, une femme doit prouver deux fois plus qu’un homme. Mais on le vit très bien et cela nous rend complètement indifférentes.

Qu’est-ce que l’arbitrage vous a apporté dans votre vie ?

Énormément de choses ! En terme de comportement, l’arbitrage apprend notamment la maitrise de soi, la diplomatie et le courage. On a tendance à l’oublier mais il faut avoir un certain cran au départ pour prendre un sifflet ! Lorsque l’on est très jeune arbitre, ce n’est pas toujours facile au début, même si on est téméraire. On porte surtout attention aux critiques, parfois acerbes, qui proviennent des tribunes et puis avec le temps on devient indifférent, hermétique. C’est pour cela que j’encourage vraiment les jeunes à se lancer. Cela nous met aussi en phase avec d’importantes responsabilités. C’est une expérience de vie qui intervient sur le quotidien, cela apprend aussi à s’affirmer, à prendre des décisions en les assumant, tout comme sur un terrain. Mon épanouissement personnel aujourd’hui passe aussi à travers ma carrière d’arbitre.

Quel a été votre meilleur souvenir d’arbitrage ?

Il y en a beaucoup, je pourrais en écrire des pages ! Mais pour être exhaustive, j’en citerais deux : le premier, je dirais une finale de coupe de France au Palais Omnisports de Bercy en 2012. C’était grandiose ! Et le second, une désignation à Ajaccio en fin de saison dernière en nationale 2 masculine. Au-delà de la destination qui était hors du commun, nous savions que nous allions avoir un très gros match pour la première place de la poule et que les supporters corses sont réputés pour être derrière leur équipe avec ferveur de la 1ère à la 60ème minute. Le match a répondu à toutes ses attentes, cela a été un véritable combat entre les deux équipes qui se sont départagées d’un petit but sur le gong final avec une victoire d’Ajaccio. Le match était de qualité et nous avons énormément apprécié officier sur cette rencontre. Parfois, il suffit d’un match pour passer un cap de progression et redoubler de motivation, ce type de match alimente aussi notre passion.

Quels sont vos projets concernant l’arbitrage ?

Aujourd’hui, nous sommes dans le Groupe 3 national Secteur Nord-Ouest, cela signifie que nous officions sur des matchs de Nationale 1 féminine et Nationale 2 masculine. Notre objectif est d’aller le plus loin possible, nous n’avons jamais rien lâché au fil des saisons et nous affichons clairement notre ambition de continuer à gravir les échelons. Cela passe par un certain travail, être à l’écoute des conseils (vidéo, analyse de matchs, entrainement physique quotidien, échanges techniques avec des entraineurs, des joueurs, des observateurs …) mais il faut savoir ce que l’on veut et se donner les clés pour l’obtenir. Nous avons eu l’immense chance cette année d’officier sur quelques rencontres de deuxième division féminine, un super challenge ! Nous espérons que le travail fourni et la persévérance porterons leurs fruits, en tout cas nous voulons continuer à nous dépasser et à nous épanouir sur le terrain ! Vive le handball !

Un grand merci à Karine pour son implication dans le handball et l’arbitrage depuis 16 ans !