Romain Poite vous répond – suite

Romain-Poite-reponse

(SUITE DES REPONSES DE ROMAIN POITE)

 

Aymeric J.

Quelles relations entretenez-vous avec les joueurs ? Par exemple, êtes-vous amis avec certains joueurs ? Existe-t-il un classement des arbitres ? Quelle est le salaire moyen d’un arbitre et pourquoi avez-vous décidé de faire ce métier ?

ROMAIN POITE : Parler d’argent est toujours délicat avec la période dans laquelle nous vivons alors je vous dirai simplement que je gagne bien ma vie et nous ne pouvons pas parler de salaire car les arbitres professionnels (quatre aujourd’hui) ont un salaire et des indemnités de matches, les autres n’ont que des indemnités de matches.

Je suis venu à l’arbitrage grâce à mon père qui travaillait pour une commission dans mon comité régional. Il m’a fait savoir qu’il manquait d’arbitre et que je pourrai compléter ma formation de joueur en devenant arbitre. J’ai essayé et finalement, j’arbitre à un niveau où je n’aurais jamais pu jouer.

Il n’y a pas véritablement de classement entre arbitres mais nous sommes contingentés par division, par exemple nous sommes 13 en TOP14 et 17 en PRO D2.

Comme dans toutes relations, nous avons des affinités avec des personnes et des joueurs plus qu’avec d’autres. Et puis notre histoire fait bien souvent que nous nous retrouvons à échanger et nous retrouvons sur des points communs. Nous avons plaisir à évoluer avec certains d’entre eux (avec qui nous avons pu jouer par exemple). La chose la plus importante est de savoir que chacun doit rester à sa place lors de la rencontre dans le respect de tous et rien n’empêche d’avoir des relations particulières avant ou après.

 

Alain V.

Bonjour et respect pour votre rôle. Comment apprécier la responsabilité de tel ou tel dans l’écroulement d’une mélée ? Les plans rapprochés à la télé ne parviennent pas à me forger une opinion et vous au contact des joueurs avez-vous une meilleure perception ou la sanction est-elle partagée à tour de rôle un peu comme les enfants quand on ne peut dire qui a commencé !!!

Le match France-Galles vendredi (21 février) a été un modèle du genre… Très cordialement

ROMAIN POITE : Vous avez raison sur le jeu de la mêlée ordonnée. Il est devenu très compliqué à observer et même les spécialistes ne trouvent pas toujours le consensus malgré leur expertise.

L’évolution du rugby a développé les piliers qui ont tous, à peu de choses près, la même carrure et de la même puissance. De ce fait, il est rare de trouver une mêlée dominatrice de nos jours.

Nous devons donc agir selon notre expérience, notre sensibilité, notre historique et une vision limitée sur les joueurs de première ligne, le tout en un temps très court et avec peu de recul (c’est comme un flash). Nous tentons d’agir avec des observables, que nous développons de plus en plus avec des experts mandatés par la fédération.

Malgré cela, nous constatons lors de nos analyses vidéo que chaque décision peut-être discutée. Nous continuons notre travail mais nous pensons qu’une prise de conscience de la part des joueurs serait beaucoup plus productive…

 

 

Maxime H.

Bonjour Romain, J’ai eu l’occasion de pratiquer plusieurs sports dans ma vie, mais jamais en tant qu’arbitre. Je dois avouer qu’une question m’intrigue : comment est-il possible, pour un arbitre professionnel essentiellement, de garder une partialité totale au cours d’un match ? Je m’explique : On a tous (en tant que supporter, joueur, etc.) des affinités ou des différends avec une ou plusieurs équipes, joueurs, entraineurs, pays suite à des situations vécues ou entendues. Est-ce que cela est contrôlé par les instances de l’arbitrage ? Merci et bonne continuation

ROMAIN POITE : Il est très facile d’évoluer dans le sport qui est devenu notre passion car tout simplement nous sommes égoïstement notre propre supporter. A savoir que lorsque nous rentrons sur un terrain, c’est pour donner le meilleur de nous-mêmes et ainsi nous rapprocher de la meilleure des performances car notre avenir en dépend toujours. Vous comprendrez donc aisément que même si nous entretenons de bonnes relations avec les différents acteurs, nous restons centrés sur notre activité. L’affectif ne fait pas partie de nos émotions ce qui peut expliquer parfois le sérieux de nos facies.

 

Eric L.

Bonjour Romain, Que penses-tu de tout ce qu’il se dit sur l’arbitrage dans le rugby en ce moment? En tout cas étant arbitre stagiaire moi aussi, vous avez tout mon soutien, continuez comme ça, je prends que du plaisir à vous regarder !! Bonne fin de saison.

ROMAIN POITE : L’arbitrage est véritablement au centre des débats dans le rugby moderne alors que paradoxalement nous ne souhaitons qu’une chose, que vous comprendrez facilement comme vous faites partie de notre discipline, c’est que l’on ne parle jamais de l’arbitre dans une rencontre. La pression financière et l’attente du résultat de la part des sponsors dans un club font perdre parfois la lucidité aux acteurs quand il s’agit de s’auto évaluer. Il est parfois plus facile de trouver les défauts chez les autres que d’avouer les siens.

Malgré tout, nous devons avouer que parfois, comme tout sportif, nous sommes confrontés à une défaillance ou une erreur qui peut être lourde de conséquence. Ce qui nous rend les premiers malheureux. Nous ne cessons jamais notre remise en question en toute humilité. Nous assumons toujours une mauvaise performance et nous aimerions que cela soit le cas pour toutes les parties.

 

 

Paul C.

Quel est la clé pour être un bon arbitre, que faut-il faire pour arriver jusqu’à votre niveau ?

ROMAIN POITE : Il est difficile de caractériser le bon arbitre car trop de paramètres entrent en ligne de compte : les équipes, leurs historiques, leur volonté, la forme physique et mentale de l’arbitre, etc… Je pourrai juste dire que c’est un sportif qui prend du plaisir aux premières loges de la rencontre tout en cherchant à trouver la meilleure lecture du jeu à laquelle il est confronté.

Les clés peuvent être : se remettre en permanence en question, se donner les moyens d’atteindre ses objectifs et rester humble.

Pour arriver à mon niveau, il faut valider les trois examens (stagiaire, régional, fédéral) et faire preuve de bonnes performances tout au long des saisons traversées à travers les différentes divisions, sous l’appréciation des observateurs régionaux et fédéraux.

 

 

Guillaume C.

Bonsoir Romain. Comment es-tu devenu arbitre international ? Quelles sont les motivations qui t’ont poussé ? Que penses-tu faire après ta carrière d’arbitre ?

ROMAIN POITE : Je suis venu à l’arbitrage sous l’initiative de mon père afin de baigner totalement dans ma passion qu’est le rugby (voir réponses précédentes). J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à faire ce que je fais avec de fortes exigences et une grosse volonté de réussir dans ce que je maîtrisais le mieux. Mais je me suis toujours donné les moyens de progresser. Le reste, j’ai été bénéficiaire d’une bonne appréciation tout au long de ma progression et cela je n’ai pas pu le contrôler si ce n’est en « challengeant » la plus grande partie de mon activité. Enfin, j’ai toujours respecté les personnes impliquées dans mon activité et de tous bords confondus.

Après ma carrière, je peux réintégrer ma profession qui était au ministère de l’intérieur mais je dois avouer que je veux mettre toute mon expérience, acquise dans ma carrière d’arbitre consultant FFR, à disposition de grandes entreprises à travers deux fonctions qui ont été déterminées avec un coach en entreprise. Pour le moment ce n’est qu’un projet, mais l’avenir

 

Pierre Antoine M.

Bonjour Romain, Je voudrai savoir comment vous préparez vos rencontres d’un point de vue physique et d’un point de vue mental (votre gestion du stress et de la pression). Merci

ROMAIN POITE : D’un point de vue physique, nous sommes suivis depuis deux saisons par Anthony LE DOUARIN qui a été mis à la disposition des arbitres professionnels par la fédération pour assurer le suivi physique. Je me prépare à titre personnel à quatre reprises : lundi-footing de 45 min avec renforcement musculaire, mardi-séance de travail en intensité maximale de type lactique, jeudi-séance de travail vitesse, vendredi-activité diverse avec renforcement musculaire. Nous enregistrons des données GPS à chaque rencontre ce qui nous permet d’adapter régulièrement nos séances d’entrainement (différents exercices) en phase avec les objectifs à atteindre (niveau de rencontre, tests physiques, etc…)

Nous nous préparons mentalement de façon différente mais la FFR nous met à disposition un sophrologue reconnu pour un travail individuel ou collectif lors de stages. L’analyse vidéo est aussi un excellent outil pour appréhender certaines situations qui feront référence à la technique et au mental. Enfin, je me suis orienté il y a quelques années vers les techniques chinoises qui m’apportent beaucoup de maturité mentale et de recul en général, mais cela dépend aussi des individus.

 

Jeremy M.

Comment gérez-vous les bonnes ou les mauvaises critiques sur la presse ou par les médias ?! Je pense surtout à Mr Cardona en ce moment avec ces deux matchs dont tout le monde parle tant.

ROMAIN POITE : Me concernant je ne lis que très peu la presse, se disant, spécialiste car je pense qu’elle a perdu sa valeur sportive pour s’orienter vers l’activité sensationnelle qui fait vendre à n’importe quel prix. C’est aussi et malheureusement trop souvent le cas dans les médias en général, tout en discernant les bons et les mauvais, car il y en a.

J’accepte plus volontiers les critiques de mes paires, qui me sont d’ailleurs nécessaires voire vitales pour continuer ma progression. Je ne me permets pas en général de juger les équipes, tout en ayant un avis personnel … mais que je n’exprime pas en public. Je pense qu’il faut avoir un minimum d’expérience dans un secteur pour se permettre de le juger ; or de nos jours, tout le monde a un avis sur tout sans en connaître réellement les tenants et les aboutissants.

 

Etienne D.

Bonjour Romain. Que pensez-vous des exclusions temporaires ? Sont-elles trop lourdes de conséquences ? Pourraient-elles être une solution pour les arbitres de football (exclusion temporaire ou 10m de recul) ? Merci pour votre disponibilité !

ROMAIN POITE : Les exclusions temporaires dans le rugby sont tout à fait acceptées et ne font pas débats. Elles ont souvent une grande importance et font suite à une répétition de fautes ou une faute dite professionnelle. Elles peuvent être dissuasives lorsque la menace de leur utilisation plane sur une équipe ou alors peuvent permettre de changer des comportements lorsqu’elles sont effectives.

Leurs conséquences peuvent être lourdes car elles mettent en infériorité numérique l’équipe fautive, vous avez raison, mais leur utilisation est généralement réfléchie. Elles sont assurément un moyen de faire cesser la tricherie ou l’indiscipline mettant en danger les valeurs de notre jeu.

Je pense que ce serait, comme le report d’une sanction sur le terrain, un élément du règlement tout à fait intéressant à appliquer dans le football. Le fait de jouer en infériorité numérique se paye souvent sur le moment ou un peu plus tard dans la rencontre car cela implique d’avantages d’efforts physiques pour combler l’absence. Je crois avoir entendu d’ailleurs que les instances footballistiques réfléchissaient sur cette application du carton jaune mais je ne suis pas assez expert pour vous l’affirmer ou le confirmer.


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