Interview de Valentin OLIOT, arbitre FIBA et Jeep Elite

Qui êtes-vous Valentin OLIOT ?

Je suis arbitre de  Jeep Elite depuis 5 ans, et international depuis 3 saisons. Je travaille pour la Fédération Française de Basketball avec Chantal Julien, et je m’occupe des arbitres de deuxième division, la ProB.

Comment êtes-vous arrivé à l’arbitrage ?

J’y suis venu un peu par hasard. Quand j’étais petit, je jouais au basket et j’allais voir des matchs amicaux à l’époque avec mon grand-père. Un jour pendant le match on nous a distribué des petites plaquettes sur l’arbitrage avec les différents signaux des arbitres qui sont issues du jeu et de la règle et ça m’avait intéressé. Quand mon club m’a proposé de m’initier à l’arbitrage je crois que ça m’a rappelé cette petite plaquette et j’y suis allé.

Je me suis donc retrouvé avec mon club à participer à des sessions d’animation sur l’arbitrage et tout doucement avec cette initiation qui était une découverte de la règle, je me suis retrouvé à officier le samedi après-midi sur mon temps libre.  J’arbitrais comme cela les matchs de jeunes, avant d’aller jouer le soir à mon niveau régional.

J’étais déjà dans une famille de basketteurs et c’est vrai que prendre le sifflet était pour moi une suite logique.

Est-ce qu’il y avait déjà des arbitres dans votre famille ?

J’ai un oncle qui était basketteur et un grand oncle qui était arbitre au niveau nationale 3 à l’époque. Il y avait chez nous une culture basket dans laquelle j’étais plongé qui m’a permis, à un moment donné, de me dire que je pouvais aller essayer l’arbitrage pour découvrir et finalement, je me suis pris au jeu.

Avec le recul je me rends compte qu’on n’y vient vraiment pas totalement par hasard.

Justement est-ce que vous avez dû choisir entre jouer et arbitrer ?

Le choix s’est fait assez rapidement, je continuais à m’entraîner dans mon club parce que je voulais garder la forme et le contact sur le terrain. Très rapidement le travail d’arbitre est venu se greffer à mes études de STAPS que je faisais à la faculté des sports de Nancy. J’ai vu que l’arbitrage pouvait m’ouvrir des portes à un niveau supérieur mais qu’il fallait dégager plus de temps pour pouvoir m’y consacrer.

Donc pendant que je passais mes diplômes d’entraîneur, en parallèle je continuais à travailler l’arbitrage pour voir ce qu’il se passait au niveau supérieur et finalement les week-ends je n’allais plus jouer mais j’allais arbitrer les matchs de championnat.

Finalement votre ascension est tout de même assez folle ? Comment l’expliquez-vous ?

L’arbitrage m’a appris beaucoup ; la rigueur, le sérieux. Quand je mettais ma chemise d’arbitre je me sentais investi d’une mission de service public, je me sentais utile pour protéger le jeu, protéger les acteurs. Je me suis créé pas à pas un parcours. Cette ascension est venue par le travail bien sûr, mais aussi à travers d’autres casquettes comme ma petite expérience de joueur, mon intérêt pour la pédagogie du basket et comme j’avais passé mon brevet d’état en parallèle, ça m’a apporté des qualités techniques et stratégiques.

Côté arbitrage, les saisons se sont enchaînées et je suis arrivé sur la PRO B à l’âge de 21 ans. Ensuite rapidement j’ai enchaîné sur la Jeep Elite où j’ai été testé sur un niveau passerelle à 24 ans et forcément en parallèle je continuais à engranger de l’expérience et donc je m’améliorais au fil des matchs. Il est vrai que la façon de faire passer les messages, les façons de siffler, de se déplacer ou simplement de communiquer avec les joueurs et les entraîneurs évoluent avec le temps et n’ont plus rien à voir aujourd’hui avec  ce qui se faisait au début de ma carrière.

J’ai eu la chance grâce à la fédération de participer au programme on the Road to FIBA, qui est une sorte de tutorat, par des arbitres internationaux français, avec par exemple un retour à chaud de mes matchs et de mes rencontres avec un coach et un tuteur qui étaient là pour m’aiguiller et m’aider à avoir une analyse beaucoup plus profonde. Avec des conseillers qui ont au moins 10 ans d’expérience au niveau international et des vraies carrières internationales, c’est vraiment un tremplin et un élan qui est formateur.

À l’issue de mes trois ans de formation on m’a proposé d’intégrer la liste internationale et ça fait maintenant trois saisons que j’ai l’honneur de représenter la France sur les parquets au niveau international.

Quel type d’arbitre êtes-vous ?

Je crois qu’on a tous notre personnalité et que pas à pas on crée nos propres référentiels, en prenant ce qui nous inspire des autres et des meilleurs, étape par étape on se construit avec notre propre personnalité également.
Je peux paraître assez fermé mais c’est une rigueur que je m’impose pour pouvoir être le plus efficace pour le jeu et pour les joueurs. De l’extérieur c’est vrai que je peux paraître un peu inaccessible et je travaille beaucoup là-dessus. Aujourd’hui j’aime prendre du recul, être dans la communication avec les différents acteurs.
Je suis quelqu’un qui n’aime pas le conflit et j’essaie toujours de faire au mieux pour que l’on soit dans la discussion et pour trouver une équité de traitement entre les différents acteurs.

Aujourd’hui on est quand même dans un arbitrage moderne à trois donc nos personnalités doivent s’adapter et il faut que l’on s’entende pour que l’arbitrage soit cohérent.

Les arbitres doivent de plus en plus apprendre à gérer les égos et l’humain.

Comment avez-vous vécu ces derniers mois de confinement / déconfinement ?

Le sport a une place importante mais on est là avant tout pour supporter ceux qui sont essentiels à la nation. On devient secondaire.

On a forcément une faculté en tant qu’arbitre à s’adapter donc ça a été une période compliquée mais elle a aussi été bénéfique. On est acteur au service du basket et on se doit de se tenir prêt mentalement et physiquement.

Par la FIBA, on a la chance d’avoir un programme personnalisé et d’être suivi via une montre cardio. Ainsi l’ensemble de nos entraînements sont retranscrits sur la plateforme automatiquement. Le but n’est pas de nous pister mais bien d’avoir des informations complémentaires surtout dans ces moments particuliers de pouvoir nous suivre et d’adapter les entraînements.
Tous les jours je me suis entraîné en faisant des workouts, du travail de renforcement musculaire et du cardio ainsi qu’une sortie running hebdomadaire sur quelques kilomètres autour de la maison surtout pour me vider la tête.

Comme tous les arbitres, je suis en manque de basket ! J’ai hâte de fouler les parquets.

Qu’en est-il de l’avenir ?

D’après ce que nous savons et dans les conditions actuelles nous devrions reprendre le championnat mi-septembre. Pour l’instant il n’est pas prévu de faire le stage de Jeep Elite et de PRO B donc les arbitres sont susceptibles de ne pas se retrouver ensemble physiquement. On est toujours en autonomie pour le côté physique pour continuer à s’entraîner, mais il est vrai qu’habituellement on a un mois / un mois et demi entre la fin de la saison et le début des autres compétitions. Là on ne compte plus.

Il est sûr que tous les acteurs du basket ont hâte de se retrouver. J’avoue qu’il est possible que cet été, quand je serai en vacances, en balade dans les bois, je prenne mon sifflet pour recommencer à m’entraîner. Il est sûr que le premier coup de sifflet de la saison va vraiment être particulier.

Quel est votre objectif personnel ?

Mon objectif à court terme est de confirmer une place au niveau des jeunes arbitres internationaux. Mais il est vrai que mon but est d’aller chercher des pré-qualifications sur les championnats mondiaux avec des matchs importants et tout doucement d’aller grappiller des places pour représenter la France au plus haut niveau.