DOSSIER : L’arbitrage et les arbitres de demain

Les Journées nationales de l’arbitrage constituent un moment privilégié pour poser la question de l’avenir de l’arbitrage : quelles sont les principales évolutions à prévoir ? La technologie prendra-t-elle le pas sur l’homme ? Quid de la détection, de la formation, du recrutement, de la féminisation … ?

 

1/ L’ARBITRAGE ET LA TECHNOLOGIE
La vidéo Goal-Control 4-D, une révolution ?

 

Alors que l’UEFA campe sur ses positions et ne souhaite pas avoir recours à la vidéo, la FIFA a, elle, accepté de franchir un premier pas lors de la Coupe du Monde de football au Brésil.
L’équipe de France, lors de sa victoire face au Honduras (3-0), est entrée dans l’histoire avec le premier but accordé grâce à la vidéo « Goal-Control 4-D » ou « goal line technology » soit littéralement : « la technologie sur la ligne de but ». Un but marqué contre son camp par le gardien hondurien Noel Valladares suite à une frappe de Karim Benzema. Testée lors de la Coupe des Confédérations 2013, la technologie a été mise en place pour la première fois lors de la Coupe du Monde des Clubs au Maroc en décembre 2013. Mais il a fallu attendre la Coupe du Monde au Brésil pour que la « technologie sur la ligne de but » soit utilisée pour valider un but.

Comment ça marche ?

Il suffit à l’arbitre de regarder sa montre pour savoir si le ballon a franchi la ligne. Le verdict est transmis en moins d’une seconde par une petite vibration et l’inscription « goal« . Pas de faille possible. 14 caméras à grande vitesse (7 sur chaque but) filment au rythme de 500 images par seconde pour une vision du ballon à 360°. « La position du ballon est continuellement et automatiquement enregistrée en trois dimensions dès qu’il arrive à proximité de la ligne de but«  explique la FIFA. Mais l’arbitre central garde le dernier mot pour valider ou non le but. Le système de la « Goal-Control 4-D », mis au point par l’entreprise allemande Goalcontrol GmbH, est entièrement automatisé et ne nécessite aucune intervention humaine afin d’éviter tout nouveau litige. Et concernant d’éventuels piratages, les signaux envoyés à la montre de l’arbitre sont cryptés.

Le coût ?

Si la « Goal-Control 4-D » a séduit durant le Mondial brésilien, sa mise en place à un coût. Entre 200 000 et 300 000 euros par stade. Et même 400 000 euros selon Frédéric Thiriez, le président de la Ligue de Football Professionnel, qui estime que « la France n’a pas les moyens de s’offrir un tel système« .

L’avenir ?

La « Goal-Control 4-D«  est-elle vouée à n’être utilisée que lors des événements majeurs organisés par la FIFA ? Pour la France, il s’agit d’une question de coût. Idem en Espagne et en Italie où l’utilisation de la technologie n’a pas été retenue. En revanche, chez nos voisins allemands, récents champions du monde, la technologie sur la ligne de but pourrait faire son apparition dès la saison prochaine. Les clubs de Bundesliga, qui l’avaient rejeté l’an dernier, seront à nouveau sondés. Un appel d’offre a déjà été lancé pour les saisons 2015/2016 à 2017/2018, ce qui semble confirmer que la tendance est cette fois au « oui« . Quant à la Premier League anglaise, elle utilise la technologie « Hawk-Eye«  (développée par l’entreprise anglaise Hawk-Eye Innovations Ltd), concurrente de « Goal-line technology« , depuis la saison dernière (et pour les quatre années à venir).

Le hors-jeu, prochaine étape ?

Le principe de la technologie « Goal-Control 4-D » pourrait rapidement être utilisé dans d’autres cas litigieux. Et c’est notamment le britannique Hawk-Eye,principal concurrent de GoalControl, qui promet de nouvelles applications pour le football.
Ainsi, une nouvelle technologie appelée « Auto Offside » serait en cours de test. Il s’agit d’un système qui détecte automatiquement un joueur en position de hors-jeu et qui en avise instantanément l’arbitre.
Une façon révolutionnaire d’introduire la vidéo sans que le jeu soit finalement coupé à chaque décision litigieuse et qui permettrait, peut-être, d’apaiser les tensions liées aux décisions controversées sur le hors-jeu.

 

L’avis de Meriem Salmi (psychologue du sport) : « Il faut garder une part d’humain »

« La technologie, c’est comme le progrès. Au départ, il y a toujours une réticence. On est inquiet. Ça se justifie car si on bascule dans le tout technologique, c’est une erreur. C’est comme en psychologie. Je suis ravie des avancées technologiques qu’on fait sur le cerveau, mais il faut garder une part clinique. C’est la même chose pour l’arbitrage. La technologie ne doit pas effacer l’empreinte d’un arbitre qui a été formé.
La technologie doit être complémentaire afin d’apaiser certaines fixations sur l’arbitre et éviter de le spoiler. Mais aussi parce que les sportifs gardent un côté humain. Un sportif ne se bat pas contre l’autre mais pour être le meilleur.
Les sportifs victimes d’injustices sont mécontents.

S’ils gagnent grâce à une faute d’arbitrage, ce n’est pas valorisant non plus. C’est même frustrant.
Ça leur enlève presque la victoire. On ne peut pas se passer de l’arbitre. Il faut garder une part d’humain car l’erreur est humaine. Par contre, c’est très important qu’en cas d’erreur de sa part, l’arbitre s’excuse. Mais je reste persuadé que la machine ne pourra pas régler ce que l’intelligence humaine est capable de faire. L’être humain reste la machine la plus perfectionnée. Le progrès est nécessaire, mais il faut savoir l’utiliser à bon escient. Sans oublier que le côté compensatoire d’un humain est lui aussi indispensable. N’oublions pas enfin de souligner que la technologie sert les joueurs, mais aussi les arbitres. En réduisant leur nombre d’erreurs, ça permet de lutter contre une certaine violence à leur égard.« 

 

RUGBY : « Trouver le juste équilibre »

Interview de Mathieu Raynal, un des quatre arbitres professionnels français en rugby.

Le rugby est pionner en matière d’utilisation de la vidéo dans l’arbitrage. Qu’est-ce que ça a changé ?

C’est un outil essentiel car la vidéo est surtout utilisée pour valider ou non un essai, un élément créateur de frustration aussi bien pour les joueurs, entraîneurs que les spectateurs si on se trompe. Même pour l’arbitre ! C’est dur à vivre de se tromper. On limite donc au maximum les erreurs. C’est un confort. Le protocole a été étendu à d’autres actions de jeu comme le jeu déloyal. C’est bien. La vidéo nous permet de prendre la bonne décision dans les moments clés d’une rencontre.

Mais l’utilisation de la vidéo à outrance n’est-elle pas au final un risque et ne dessert-elle pas le jeu ?

C’est le principal danger. Il faut trouver le juste équilibre, sinon vous cassez le rythme d’un match, notamment quand vous mettez plus de deux minutes à valider ou non un essai. Mais je remarque qu’on utilise de moins en moins la vidéo pour des actions qui nous semblent évidentes alors qu’au début, on avait tendance à demander la vidéo pour sécuriser la décision. Au final, on se responsabilise et la vidéo est utilisée en moyenne trois fois par rencontre. Ça permet quand même de pérenniser la relation de confiance établie avec les joueurs. La vidéo n’engendre-t-elle pas une responsabilité supplémentaire ? Vous n’avez plus le droit à l’erreur… Non, il y a encore des erreurs. On reste des humains.

Comment améliorer encore l’arbitrage ?

On pourrait améliorer les systèmes de communication que nous utilisons déjà, qu’ils soient moins lourds et plus efficaces. Mais la vidéo et les oreillettes, c’est déjà beaucoup. Le tout technologique n’est pas nécessaire. La preuve, on était plutôt dans une réflexion pour installer deux arbitres centraux.

 

Le BASKET se développe

 

Technologies utilisées

– La vidéo :
Deux situations : le tir au buzzeur en fin de période et si le panier est à 2 ou 3 points.
La FIBA a mis en place deux autres cas d’utilisation de la vidéo (situation de bagarre et identification des mauvais tireurs aux lancers-francs), mais la LNB n’a pas pu suivre, faute de moyens.

– Le précision time system :
Il permet à l’arbitre d’arrêter le chrono en sifflant. Le jeu redémarre ensuite avec le boitier central. Le système fait gagner entre une et deux minutes de temps de jeu par match par rapport au chronométreur de la table de marque.

Futures innovations

– Les oreillettes
« Nous avons fait des essais le dernier week-end d’août sur un stage d’arbitre de haut niveau à Toulouse en présence de quatre équipes pro » explique Chantal Julien, responsable technique des arbitres de haut niveau. L’expérience est positive. « Ça permet de mieux communiquer pour éviter certaines erreurs, mais aussi de gagner du temps. On va soumettre le projet. »

 

Le HAND : le commencement d’une démarche

 

Technologies utilisées

Il n’y en a pas à proprement parler. Seuls les arbitres de haut niveau sont simplement équipés d’un kit oreillettes afin de pouvoir communiquer pendant les rencontres.

Futures innovations
– La vidéo commence à être proposée au niveau international pour une utilisation sur la ligne de but pour valider ou non un but.
– François Garcia, président de la Commission centrale d’arbitrage, évoque une autre idée : « Mettre en place un expert arbitre derrière un moniteur afin d’accompagner les arbitres pendant le match. Des tests ont été effectués à Bercy. Ils se sont révélés très intéressants. Sur les exclusions notamment, ça permet de ne pas se tromper de joueur ou de conforter le binôme d’arbitres dans ses prises de décision. »

 

LA PHRASE de Frédéric Thiriez (Président de la LFP)

Je suis candidat à l’expérimentation de l’arbitrage vidéo, par exemple sur la Coupe de la Ligue, qui a toujours été la coupe de l’innovation technologique. Dans un premier temps, il serait plus prudent que ce soit l’arbitre du centre qui décide du recours à la vidéo en le signalant d’un geste à son assistant.
N’allons pas trop vite, nous avons mis 10 ans pour convaincre, il faut désormais être prudent et raisonnable.


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