Interview croisée de 5 femmes arbitres à l’occasion des « 24h du sport féminin »

 

portraitsFemmes

Nous avons interviewé 5 femmes, arbitres de football, de rugby, de handball et de basketball à l’occasion des « 24h du sport féminin » (www.femixsports.fr)

Interviews de

  • Severine Zinck, arbitre de Football,
  • Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball
  • Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball
  • Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

 

1- POUVEZ-VOUS NOUS PRESENTER VOTRE PARCOURS DANS L’ARBITRAGE ?

Severine Zinck, arbitre de Football, 

J’ai débuté l’arbitrage en 1997 en ligue d’Alsace. J’allais regarder les rencontres du club de mon village d’enfance avec mon père. J’ai gravi les échelons petit à petit.
En juin 2004, je deviens fédérale féminine pour arbitrer en D1 féminines
En juin 2007, je deviens F5 pour arbitrer en CFA 2 hommes
En janvier 2009, je suis nommée internationale pour arbitrer les filles au niveau international
En juin 2009, F4 pour arbitrer en CFA
En juin 2010, F3 pour arbitrer en National. J’étais la premier femme à arriver à ce niveau.
Depuis j’ai eu un bébé, j’arbitre encore en tant qu’international, de la D1 féminine et en DH Méditerranée.
Mes plus beaux souvenirs, ma montée en national, la 1ère fois que j’ai fait 4 eme en ligue 1 à Bordeaux et arbitrer l’équipe d’Allemagne féminine en éliminatoire coupe du monde en mai dernier.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Nous avons commencé notre premier stage d’arbitrage en 2009, alors que nous étions en -15 région au club du Saumur Handball. Nous jouions également dans l’équipe départementale du Maine et Loire. Nous avions très peu de connaissances en arbitrage, nous avons été envoyées en stage sans savoir vraiment à quoi nous attendre.
Finalement ça a été une très bonne chose puisque nous avons continué. Cette année, nous arbitrons des matchs de -18 National Masculin, de la prénationale féminine et de la Nationale 3 Féminine.

Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

D’abord (et toujours) joueuse, j’y suis arrivée sur le tard, à 22 ans et par hasard, en universitaire via mon coach qui me l’a plus ou moins imposé! Femme de caractère, ce sentiment que je ressentais sur le terrain, sifflet en bouche correspondait à mon tempérament. J’y donc pris goût rapidement, rencontrant les bonnes personnes aux bons moments. J’ai pu rapidement gravir les échelons pour devenir, en 6 ans, arbitre de haut niveau.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

J’ai débuté il y a environ 10 ans en suivant mon mari, arbitre lui aussi. Comme tout arbitre, j’ai suivi le cursus de formation et passé les différents examens. J’ai évolué de la même manière sur les terrains en commençant par les matchs de cadets et juniors puis en passant chez les seniors.

 

2 – AVEZ-VOUS SENTI UN CHANGEMENT DANS LE REGARD DES JOUEURS ET DU GRAND PUBLIC CES DERNIÈRES ANNÉES VIS À VIS DES FEMMES ARBITRES ?

Severine Zinck, arbitre de Football

On voit de plus en plus de femmes donc cela paraît moins extraordinaire de voir une femme sur un terrain qu’à mes débuts. Les joueurs nous respectent davantage, ils se retiennent plus.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Nous avons senti un changement dans le regard des joueurs et du grand public, en effet, dans notre sport les arbitres féminins sont moins représentatifs que nos collègues masculins. Nous devons prouver plus en permanence que nous sommes à la hauteur par rapport à nos collègues masculins.
Les regards du grand public sont toujours à l’étonnement lorsque nous arrivons dans une salle à cause de notre jeunesse et notre sexe pour arbitrer à ce niveau.

Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

Il y a toujours cet effet de surprise, notamment lorsque j’arrive sur une division garçon. Les regards se font interrogatifs et plus persistants. Le plus simple est de faire le premier pas. En arrivant dans la salle, je n’hésite pas à tendre les premières poignées de main (coaches, organisateurs…) et à me présenter comme étant « l’arbitre de la rencontre ». Ensuite, l’ancienneté est à prendre en compte : être connue, puis reconnue par les acteurs, et là ce n’est pas une question de sexe. Je n’ai pas suffisamment de recul pour pouvoir comparer, ce n’est qu’une vision à l’instant T.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

Oui. Quand j’ai débuté, j’étais la première arbitre féminine en Languedoc. Du coup, cela surprenait, voire choquait. Beaucoup ne me pensaient pas capable de pouvoir gérer un match. Depuis la plupart des clubs du Comité me connaissent ou savent qu’il y a des arbitres féminines. Il y a moins d’effet de surprise.
Par contre, nous devons toujours prouver que nous connaissons autant que nos collègues hommes les règles et le jeu. Les premières minutes du match sont cruciales pour cela. C’est souvent à ce moment que les joueurs nous « testent » et essayent de prendre le dessus. Mais si on arrive à gagner la confiance des deux équipes alors c’est gagné! Le rugby reste un sport très macho!

 

3 – QUEL EST POUR VOUS LE « + » DES FEMMES DANS L’ARBITRAGE ?

Severine Zinck, arbitre de Football 

Il y a moins de rapport de force. Les joueurs acceptent plus facilement nos décisions.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Le sourire. C’est avec ce plus que nous pouvons gagner de la confiance avec les joueurs, les entraîneurs mais il faut rester ferme quand c’est nécessaire.
Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

La féminité! Un regard, un sourire, suffit parfois à désamorcer une situation conflictuelle. Entre « hommes », c’est plus souvent un rapport de force. Tandis que par principe ou respect, ce rapport de force est quasiment absent dans un échange homme-femme. Puis physiologiquement, une femme est moins forte qu’un homme, elle va donc développer d’autres processus, pour ne pas avoir à agir par force.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

Je pense que nous pouvons faire passer les messages de façon plus calme. Cela ne sert à rien d’être autoritaire au contraire. J’ai souvent pu constater qu’un sourire et un brin d’humour apaisent les tensions sur le terrain et j’essaye d’utiliser ces  » armes » le plus possible. Ça n’empêche pas de faire preuve de fermeté quand il le faut.

 

4- PENSEZ-VOUS QUE LES FEMMES SOIENT ASSEZ REPRÉSENTÉES DANS LE SPORT ?

Severine Zinck, arbitre de Football

Au niveau de l’arbitrage des hommes, non je ne pense pas que nous soyons assez représentées. C’est dommage car sur le terrain cela se passe bien avec tous les acteurs.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Non, même si il y a une évolution depuis ces dernières années. Les femmes ne sont pas exposées autant que les hommes dans les médias.

Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

Dans le sport, au niveau joueur, joueuse, oui. Le bémol, c’est comme dans le monde professionnel: dès qu’il s’agit de postes à responsabilité, de notions d’encadrement, de « donneur d’ordre », ces postes sont en majeure partie représentés par des hommes. Que ce soit des dirigeants de clubs, des entraîneurs ou des arbitres, les femmes sont clairement en minorité. C’est dommage.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

Non, et c’est dommage.

 

5- PENSEZ-VOUS QUE L’AUGMENTATION DU NOMBRE DE FEMMES PEUT AVOIR UN IMPACT SPÉCIFIQUE SUR L’ARBITRAGE ?

Severine Zinck, arbitre de Football 

S’il y a davantage de femmes, il y aura une amélioration au niveau de la qualité de l’arbitrage. L’augmentation au niveau de la base fera en sorte qu’elles seront mieux formées, plus tôt.
Donc il y aura un côté qualitatif indéniable et on arrivera à former des arbitres féminins de haut niveau.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Oui, plus nous augmenterons le nombre de femmes, plus nous serons au même niveau que les hommes, il n’y aura plus de différence au niveau du respect et de la médiatisation.

Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

Bien sûr, plus il y aura de personnalités différentes, d’états d’esprit nouveaux, plus la valeur ajoutée ce fera ressentir. Et c’est le sport et ces acteurs qui en sortiront grandis.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

Oui bien sûr. En rugby, cela permet d’avoir un autre regard sur ce sport considéré comme un sport d’hommes. Le rugby féminin a une forme de jeu différente du rugby masculin mais plaisant cependant.

 

6-LORS DES 24H DU SPORT FEMININ, LE PRIX DE L’ARBITRAGE A ÉTÉ REMIS À ÉTÉ REMIS À 2 ARBITRES DE JUDO ET BADMINTON. PENSEZ-VOUS QUE CE TYPE D’INITIATIVE PERMETTRA AUX ARBITRES FÉMININES DE MIEUX S’IMPOSER ?

Severine Zinck, arbitre de Football 

Ce type d’initiative permet d’être reconnu davantage, d’être pris en considération. Cela donnera plus de crédit, valorisera leur fonction aux yeux de tous les acteurs du sport. L’arbitre faut partie intégrante du jeu, du sport. Sans arbitre, pas de respect des règles. Il est garant de l’autorité et du bon déroulement de rencontres sportives.

Amandine VAHE et Hélène SAUVAL, arbitres de Handball

Oui car c’est par des petites initiatives que les femmes prennent de l’importance dans le sport et l’arbitrage.

Abigaïl CATRIX, arbitre de Basketball

Pas forcément s’imposer mais être reconnues c’est une certitude. Je pense que les médias, les récompenses, la promotion de la femme, ont un rôle à jouer. Plus l’œil d’une population voit quelque chose, plus elle s’y habitue. Je veux croire que demain, voir une femme arbitrer sera devenu « normal », et que nous nous fondrons dans le paysage à l’égal de nos homologues masculins.

Marielle SANCHIZ, arbitre de Rugby

je l’espère en tout cas.

 

Un grand merci Mesdames pour votre disponibilité, et excellente fin de saison !

 

portraitsFemmes