Arbitre au dernier Mondial de Basket en Turquie, Eddie Viator revient pour nous, sur cette expérience.
Vous avez arbitré récemment lors des championnats du monde en Turquie, comment s'est passé ce tournoi ?
C'était la 2ème fois que j'arbitrais sur un tournoi de la FIBA (la 1ère fois était au Japon en 2006). Pour moi ce championnat a été « hors normes », parce que tout à fait réussi, avec un niveau de jeu et d'arbitrage très élevé.
Quelle expérience en retirez-vous personnellement ?
Ce fut l'occasion d'un très beau spectacle sportif mais aussi de moments de partage avec les autres arbitres venant du monde entier et qu'on ne rencontre pas si souvent.
Les échanges furent très enrichissants. Sur ce mondial, la division était comme suit : 18 Européens, 13 Américains (Amérique du Nord, Centre et Sud), 2 Asiatiques, 2 Océaniens et 5 Africains. Nous avons pu échanger sur la vie en dehors des terrains. On se rend alors mieux compte des difficultés quotidiennes auxquelles font face les gens dans certains pays, comme par exemple en Colombie. Tout ça paraît beaucoup plus réel quand on en parle avec quelqu'un qui le vit et c'est une vraie prise de conscience des différences de mode de vie qui existent d'un pays à l'autre.
En Turquie, vous êtes parfois rester une semaine sans arbitrer. Comment vivez-vous ces périodes ?
Ce sont de longues périodes d'attente et d'espoir à la fois. Les désignations sont faites et distribuées chaque soir avant le coucher. C'est un vrai suspense et cela rend l'attente encore plus longue.
Comment vous occupez-vous pendant ces journées ?
Pour patienter, il y a les activités sportives que l'on peut pratiquer à l'hôtel : le tennis, la piscine, les footings sont des moyens d'occuper le temps. Notre hôtel était en face de la mer. D'autre part les organisateurs avaient prévu des activités plus touristiques pour nous faire paraître le temps moins long : nous avons visité le « Grand Bazar », une galerie marchande qui rassemble plus de 5000 magasins, nous avons pu aller au Hammam, voir la mosquée bleue, et nous avons même pu admirer le deuxième plus gros diamant au monde. Le soir, bien entendu nous nous rendions à la salle pour assister aux matchs.
Comment restez-vous prêt à arbitrer ?
En ce qui concerne la préparation pour rester en forme, il n'y avait pas de programme spécifique qui nous soit imposé. Chacun juge individuellement de ce qu'il a à faire pour rester en forme. Pour ma part, des footings pour la forme et pour le mental, un visionnage des matchs avec un regard d'arbitre.
Quel climat avez-vous perçu lors de ce championnat du monde ? Est ce que l'ambiance sur les terrains de basket se dégrade ?
Je ne partage pas l'avis selon lequel l'ambiance sur les terrains de basket se dégrade. Et plus particulièrement, sur ce dernier championnat du monde en Turquie, ce n'était pas du tout le cas. Les rencontres ont été bien gérées de manière générale. Des erreurs ont certes été commises, mais elles sont inhérentes à l'arbitrage. Et malgré quelques échauffourées sur le terrain, tout cela est resté très « gentleman », on n'assiste pas aux débordements auxquels on peut assister dans d'autres sports.
Lors du mondial, l'équipe turque était en finale, la salle était comble et les supporters turcs savent mettre l'ambiance. Malgré la tension du match et les enjeux, tout s'est déroulé sans encombres.
Du côté des entraîneurs, y a t il plus d'interventions de leur part pendant le match ou est-ce-que le cas de l'entraîneur de l'équipe de Jordanie que vous avez arbitré à 2 reprises est isolé ?
Sur ce cas particulier de l'entraîneur Jordanien, il y eu une incompréhension entre nous. Cet entraîneur se manifestait de manière très agressive sur le bord du terrain. Mais les insultes qu'il a pu proférer étaient destinées à ses joueurs, non aux arbitres. Le problème c'est que n'étant pas habitué à ce genre de comportements, lorsqu'un de mes collègues a sifflé un de ses joueurs et qu'il l'a agressé verbalement du bord du terrain, j'ai pensé que son agressivité se dirigeait contre les arbitres. Je lui ai donc infligé une faute technique.
Comment gérez-vous ce genre de débordements ?
Après ce match, j'ai eu l'occasion d'en reparler avec lui et on a pu s'expliquer. Il m'a confirmé n'avoir jamais insulté les arbitres. Même si la faute technique n'était pas là dans les faits, cela lui a permis de comprendre qu'il fallait éviter la confusion lorsqu'il s'adressait à ses joueurs. Je pense que tout ceci l'a calmé pour la suite de la compétition et aucun autre incident n'a eu lieu avec ce coach.
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